Un seul monde

Dans la promenade pascale de Faust, Goethe fait constater à un citoyen à quel point une discussion sur la guerre est intéressante : « Là-bas, loin, en Turquie, les peuples se livrent bataille ». L'assertion nous fait voir à quel point les interlocuteurs se sentent moins concernés par ce qui se passe en Turquie ; comme ils le soulignent : « Là-bas, loin, en Turquie... ». La guerre n'a pas lieu sur leur propre territoire, c'est loin en Turquie, pas chez eux.

De nos jours, il n'est plus possible de manifester une indifférence face aux catastrophes qui ont lieu dans le monde. Croire que certaines choses se passent loin de nous appartient désormais au passé. La télévision et Internet font entrer les catastrophes des quatre coins du globe dans nos salons et nous font voir à quel point nous sommes concernés par ce qui se passe ailleurs. Nous sommes renseignés en détail sur cela; il n ya donc aucun moyen de tourner le dos aux difficultés que rencontrent les autres.

Les difficultés que rencontrent les populations africaines dues à leur pauvreté extrême, à la trop grande misère, aux catastrophes naturelles, à la famine, aux guerres, aux coups d'Etat et toutes les tares qui sévissent dans les milieux africains ne concernent donc pas que les africains. Une prise de conscience générale pour sortir les populations africaines de cette situation est nécessaire et nul ne peut se débiner. Les solutions communes sont indispensables et nous devons prendre conscience que, sans une lutte mondiale contre la pauvreté, il ne saurait être question pour nous tous de sécurité à long terme.

Les pays riches sont fortement concernés par ce qui se passe en Afrique. Ils doivent comprendre que la pauvreté persistante qui sévit en Afrique peut menacer la stabilité de leurs Etats. Des exemples illustrent parfaitement ce point de vue : les tentatives quotidiennes d'immigration en occident effectuées par des africains à bord d'embarcations à peine en état de naviguer montrent à quel point il est nécessaire de trouver des solutions sérieuses à la misère des populations africaines. Pour y répondre durablement, les pays riches doivent soutenir à long terme le développement économique et public dans les pays d'origine de ces gens. Si ces pays ne réussissent pas à lutter efficacement contre la pauvreté en Afrique, le nombre d'états pauvres risque de s'accroitre et par conséquent le nombre d'immigrés, ce qui les obligera à faire face à des problèmes à un tout autre niveau.

Les dirigeants des pays africains eux aussi doivent prendre conscience du fait que l'octroi du bien être à leurs populations leur incombe au premier chef.

Nous n'ignorons pas que des progrès ont été faits de part et d'autre, mais ils sont insuffisants. La lutte contre la pauvreté demande plus de moyens (humains, financiers, infrastructures, technologies, innovations...), plus d'efforts (assiduité au travail), de sacrifices (abnégation, don de soi, respect du bien public, intégrité...) et d'organisation (stratégies). Pour y parvenir, les pays pauvres et riches doivent franchement collaborer. Ils doivent le faire pour la construction d'un monde sans disparités. Cette collaboration est nécessaire et concerne au premier plan les pays pauvres qui doivent se sentir responsables de leur propre destin. Aidés par les pays riches, ils pourront être en mesure d'atteindre les objectifs de développement

Beaucoup d'africains reconnaissent qu'ils détiennent eux-mêmes la clé du succès. Ils reconnaissent qu'ils détiennent la solution de leur développement économique. Il ne doivent pas s'arrêter là. Ils doivent définir de bonnes politiques de développement qui visent l'amélioration à long terme des cadres de vie des populations africaines.
Les pays riches quant à eux doivent jouer franc jeu, eux qui s'illustrent par la duplicité de leurs intérêts qui se manifeste par une forte accentuation mercantile (depuis plusieurs siècles) qui agit fortement dans les salons feutrés, côtoyant les bonnes intentions que véhiculent les discours officiels des Etats, organismes de développement bilatéraux et multilatéraux et ONG de développement. Ceci cause du tort à l'Afrique.

Ces bonnes intentions et l'effet des actions qui les accompagnent sont en effet annihilés par des complicités mercantiles, objets de gros sous. Au point où il est loisible de se demander si des relations commerciales justes et équitables entre l'Afrique et l'Occident ne suffiraient pas à eux seuls pour développer l'Afrique. Sans oublier que ces grosses transactions sont sources de corruption, d'enrichissements illicites et de tous les maux liés à la mal gestion. En somme, elles se font au détriment des populations africaines.

Nous sommes donc tous responsables et c'est normal, nous faisons partie d'un seul monde. Il y a des droits et des obligations qui découlent de cette responsabilité commune. Si les pays pauvres prennent effectivement leurs propres responsabilités, le soutien renforcé, nécessaire et désintéressé des pays riches produira indéniablement des effets mutuellement bénéfiques à long terme.

Plusieurs cadres d'action existent pour canaliser ces efforts concertés, à commencer par les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Se basant sur les OMD, les pays pauvres doivent définir des politiques de développement qui cadrent avec les difficultés qu'ils rencontrent au quotidien.

La Ferme Agro Piscicole d'Esse mène une expérience de développement au niveau micro. Cette expérience table sur les difficultés que rencontrent les populations dans leur milieu immédiat. La Ferme a pris conscience que le facteur « milieu » a été la locomotive de tous les processus de développement occidentaux et asiatiques et cherche à impulser le développement à partir des atouts de ce milieu. Dans ce monde reconnu à raison comme un « rendez vous du donner et du recevoir », nous pensons que l'Afrique n'y jouera un quelconque rôle que quand elle sera à mesure de donner, de son propre gré, ce que les autres aimeront recevoir d'elle.

La Ferme considère que cela n'est pas simplement une question d'intérêts, mais aussi une question profondément morale. Pour elle, dans ce monde unique que nous partageons tous, donner la possibilité à chacun de vivre dans la dignité est une obligation éthique fondamentale. C'est du cœur et de l'esprit des hommes sensibles que jailliront des politiques de développement qui visent le respect de la dignité humaine. C'est dans un monde apaisé que les habitants des pays pauvres prendront conscience qu'ils peuvent définir des politiques de développement positives pour une vie dans la dignité. C'est dans un monde où nous nous sentirons tous unis, un monde où nous vivrons les mêmes difficultés quotidiennes et où nous partagerons les mêmes solutions que chacun trouvera son espace vital.

Commentaires (1)

1. glory 14/12/2010

c'est vraiment etonnant! Je participe actuellement à une étude d'un projet de création d'une ferme agricole, piscicole et avicole. Vous m'avez donner un apperçu de ce dont j'aurai besoin et je vous en remercie.Si vous pouviez m'éclairer sur les risques et impacts de cette ferme (environnement, social,industriel) j'en serai vraiment heureuse

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