Notre rêve se réalise

Traversé par des difficultés qui s'accentuent avec une pauvreté qui colle à la peau, une élite politique qui n'a pas le souci du bien commun et n'excelle que par un égoïsme patenté, une population sans repère sombrant dans la misère et le désespoir, un monde rural resté archaïque, en marge des évolutions techniques et technologiques, très en retard par rapport aux zones urbaines, le Cameroun sombre dans une léthargie profonde sans stratégies efficaces pour améliorer son sort.

      Les projets ambitieux sont rares et se font de plus en plus dans les secteurs des services, où la rentabilité est forte. Les capitalistes véreux s'y délectent. Le soutien intéressé des anciennes puissances coloniales et des bailleurs de fonds internationaux à travers des accords multilatéraux et bilatéraux léonins ne sert que leurs propres intérêts.  Dernièrement, le Cameroun s'est fait inscrire dans le registre de «  pays pauvres très endettés »entretenu par le FMI et la BM. Pendant de longues années, il a travaillé à remplir les conditionnalités d'enregistrement. De justesse, il s'en est sorti victorieux. Mais ce qui ne laisse personne indifférent, c'est le constat selon lequel, les ressources mises à sa disposition sont inexploitées. Les populations ignorent que ces ressources sont disponibles, et pourtant ceux qui les gèrent sont supposés le faire dans la transparence, donc véhiculer l'information.

Aucun projet de développement ne peut être mis en œuvre sans ressources financières. Le potentiel que regorge le monde rural devrait justifier l'affectation des ressources disponibles aux projets qui exploitent ce potentiel. Hélas, le silence y est plat. Rien ne bouge d'une année à une autre. Aucun investissement, ni minime, ni d'envergure n'y est fait. Les routes sont à peine entretenues, l'électrification rurale est un rêve pour beaucoup, l'eau potable n'y est pas connue, les transports routiers sont dangereux (des femmes parfois enceintes accrochées sur des tas de vivres derrière des voitures pick up), l'éducation données aux enfants y est de seconde zone, les populations meurent dans les cases au village faute d'agent pour aller vers les centre de santé le plus souvent éloignés et surtout pour faire face aux frais de consultation médicale et de pharmacie. Les pratiques culturales sont demeurés archaïques. L'éternelle machette et l'incontournable houe rythment les périodes de semis et de récoltes. La mécanisation n'est même pas envisagée. Les résultats des recherches agronomiques n'y sont pas vulgarisés. Résultat des courses, les rendements demeurent insignifiants et perpétuent la pauvreté. Sous le coup du mal de vivre, les populations se livrent à l'alcool. Les jeunes qui sont destinés à assurer la relève des vieux se livrent à toutes sortes de débauches. Le VIH sida circule. 

Les paysans se souviennent vaguement des appuis des pouvoirs publics au développement des cultures de rente (cacao et café) à travers la création des pistes de déserte et la fourniture des produits phytosanitaires. Après l'imposition des politiques d'ajustement structurel par les mêmes FMI et Banque Mondiale, l'Etat s'est désengagé de ces secteurs, livrant les paysans aux griffes des prédateurs capitalistes.

 

Les écoles et centres de santés construites à cette époque fonctionnent aujourd'hui au ralenti, sans personnel suffisant. Les quelques ressources votées dans les budgets annuels de l'Etat sont détournées par un personnel administratif véreux, aidé en cela par des commerçants assoiffés d'argent sale. La corruption qui gangrène la société y fait des victimes directes et collatérales.

Le monde rural paye le prix fort des disfonctionnement du système. Il ne bénéficie ni des maigres ressources allouées par le budget national à cause de la corruption, ni des ressources issues de l'annulation des dettes dans le cadre de l'initiative PPTE, à cause de l'incompétence des ceux qui les gèrent.

 

Un honnête citoyen ne manque pas de constater cette situation déplorable et note dans un journal de la place : « Nous avons pleuré en disant que nous n'avons rien, et lorsqu'on nous donne, nous ne faisons rien pour mettre ces ressources en valeur. Ce qui est sûr, c'est que le camerounais est peut- être un demeuré, un homme qui n'aime pas le développement, qui attend que les autres viennent construire son propre développement».

       S'il faut établir les responsabilités, nous sommes tous responsables, mais la plus grande part de responsabilité revient à ceux qui gèrent les ressources publiques. Ils sont amorphes et manquent d'ambitions et partant de stratégies. Ils ont pourtant la chance de visiter les expériences de développement réussies ailleurs dans le monde, et ce, aux frais du prince. Quand ils y reviennent, ils retombent dans la léthargie ambiante. Le plus souvent, le résultat de leurs découvertes se traduit pas des projets personnels qu'ils mettent en œuvre dans leurs villages pour affirmer davantage leur puissance sur leurs frères villageois.   

 

Le résultat de toutes ces insuffisances est palpable dans tous les secteurs socioéconomiques nationaux. Nous prendrons ici le secteur de la pisciculture qui nous intéresse.

 

La pisciculture au Cameroun est très peu développée parce qu'elle fait face aux problèmes d'approvisionnement en alevins. La situation est caractérisée par le manque des centres de reproduction des alevins. Il n'en existe qu'un seul digne de ce nom à notre connaissance (nous nous trompons peut-être), celui de l'IRAD (Institut de Recherche Agronomique pour le Développement) de FOUMBAN, qui se bat tant bien que mal pour assurer la disponibilité en alevins sur le plan national. Ainsi, quand on exerce comme pisciculteurs dans les régions du Centre Sud et Est du Cameroun par exemple, il faut faire plus de 600 km pour aller s'approvisionner en alevins. Et quand on connaît la délicatesse de ces petits êtres insignifiants qui doivent être trimballés sur autant de kilomètres, on comprend  pourquoi ce secteur ne se développe pas. Dans cette logique, les propos de ce pisciculteur camerounais ne manquent pas de pertinence : « Tout le monde sait que pour obtenir des alevins de poissons, il faut faire un déplacement sur Foumban. Cette situation décourage parfois les pisciculteurs qui ont certes des étangs, mais ne peuvent pas les empoissonner de manière régulière et permanente ».

La question lancinante est la suivante : pourquoi les ressources PPTE par exemple ne sont pas affectées pour construire de telles infrastructures susceptibles de bouster le développement rural ? Je pense par exemple aux fermes de reproduction pour produire les poussins, aux provenderies pour produire de l'aliment pour bétail, aux ateliers mécaniques pour fabriquer les outils nécessaires à la mécanisation des tâches de l'économie rurale, aux centres de formation des paysans (jeunes et vieux) aux métiers de l'économie rurale, aux petits projets d'électrification rurale, à la vulgarisation de l'utilisation des panneaux photovoltaïques pour produire l'électricité à partir de l'énergie solaire, aux unités de forage pour construire de petites adductions d'eau potable, aux petites unités de conservation et de transformation des produits agricoles, à la promotion des activités sportives et de loisir pour stabiliser les jeunes dans les villages...

La Ferme Agro Piscicole d'Esse qui exerce dans ce contexte de ruralité est très sensible à la situation de désarroi que vit le monde rural. Elle a donc adjoint  à ses activités de production un volet d'appui au développement rural local et régional. C'est à ce titre que, pour prendre juste le cas du secteur de la pisciculture, elle  a décidé depuis avril 2009, de construire une écloserie d'alevins qui sera un atout important pour le développement de la pisciculture, dans un pays ou 80% des ressources halieutiques viennent des importations. C'est donc une initiative de développement porteuse d'espoir pour le Cameroun.

 

 L'idée de construire une écloserie ne naît pas ex-nihilo. Elle vient d'un constat pertinent et d'une attitude qu'il faut récuser : se croiser les bras et attendre que tout soit fait par les autres. Le projet de construction de l'écloserie de Foumban est une initiative belge, bien qu'aujourd'hui sous la responsabilité de l'IRAD. Ce sont les belges qui ont construit cette écloserie grâce au projet IRZV (Institut de Recherche Zootechnique et Vétérinaire) et par un accord de  partenariat, ils l'ont concédée à l'IRAD qui assure aujourd'hui le suivi et la supervision. On peut comprendre que sans le projet belge, le Cameroun ne disposerait pas d'un tel centre.

Très loin de Foumban, à environ 600km, dans une petite ville rurale située à 70km de la capitale politique du Cameroun Yaoundé, précisément à ESSE, la Ferme Agro Piscicole d'Esse dont l'équipe est essentiellement jeune a donc décidé de braver l'impossible en construisant une écloserie d'alevins semblable à celle de Foumban.

 

Une visite des infrastructures du centre de Foumban à la recherche des alevins a suffit pour nous convaincre que construire une écloserie n'est pas sorcier. A l'occasion de notre visite, un des employés qui y exerçait, technicien piscicole de son état, tout aussi jeune que nous, a même accepté le principe de quitter le centre de Foumban pour s'installer définitivement à ESSE.  Après la visite de notre exploitation piscicole que nous lui avons fait faire en avril 2009, il a décidé tout de suite de nous rejoindre. Sur le champ, le site de l'écloserie a été identifié, le plan du bâtiment a été esquissé et les travaux ont démarré.  

Aujourd'hui, le rêve est devenu réalité. Plus qu'une question de jours, un autre centre de reproduction des alevins sera bientôt fonctionnel au Cameroun ; une copie conforme du centre de Foumban. Un proverbe bantou de chez nous ne dit-il pas « Aken mis asikik ayeh », traduction en langue du blanc « L'apprentissage par l'image n'est pas difficile ».

Notre centre de production d'alevins sera une aubaine pour les pisciculteurs camerounais, notamment ceux des régions du Centre, Sud et Est qui n'auront plus à parcourir plusieurs kilomètres pour s'approvisionner en alevins.

Tout est fin prêt, la Ferme est entrain de procéder aux dernières installations (tuyauteries et autres). Les premières expérimentations vont commencer bientôt. Comment ne pas être heureux au regard de toutes les difficultés que nous avons traversées.

 

En raison de l'importance stratégique de l'ouvrage, cette écloserie symbolise en quelque sorte l'avenir de la pisciculture dans les régions Centre, Sud et Est du Cameroun. Cet ouvrage est le symbole d'une jeunesse qui doit être consciente de son avenir et prendre son destin en main.

Cette écloserie contribuera certainement demain, mais aussi de générations en génération, à la construction de notre cher et beau pays, le Cameroun. Elle est notre pierre à l'édifice.

 

 

Commentaires (2)

1. NDONG ESSAMA 26/02/2011

j'aimerai avoir les information sur comment vous joindre et si vous accordez des stage de formations

2. Serge A, paho Y. 29/01/2012

je suis un etudiant camerounais de la dispora et je content de voir comment vous essayez a votre facon cad de la facon la plus honnete de developper notre cher pays et reduite l exode rurale .J compte d ici la avant mon retour au cameroun realiser un projet comme le votre beaucoup de courage !!!!!!
Serge A.

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